Son Excellence le Sénateur José Sarney, Président du Congrès National; Son Excellence le Député João Paulo Cunha, Président de la Chambre des Députés; Son Excellence Monsieur Raúl Alfonsín, ex-Président de la République Argentine et actuellement Sénateur de la République; Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs accrédités auprès de mon Gouvernement; mes chers companheiros, Ministres d”État de mon Gouvernement, Roberto Rodrigues, de l’Agriculture, Luiz Furlan, du Développement, Industrie et Commerce Extérieur, Samuel Pinheiro Guimarães, Ministre ad interim des Relations Extérieures, companheiros José Dirceu, du Cabinet Civil, Miro Teixeira, des Communications, et Olívio Dutra, des Villes, mon cher député Ney Lopes, Président du Parlement Latino-Américain, Mesdames et Messieurs les Députés des Amériques, que participent à ce séminaire, Mesdames et Messieurs les Sénateurs et Députés brésiliens, mes amis, la négociation de la Zone de Libre Echange des Amériques est aujourd’hui l’un des sujets les plus débattus au Brésil. Le Congrès National, la presse, l’accadémie et la société civile suivent de près, et avec un intérêt croissant, l’évolution des négociations.
Il s’agit d’un thème de politique extérieure ayant une répercussion intense dans le plan intérieur. En réalité, il y a de bonnes raisons pour que ce soit ainsi. En fin de comptes, la ZLEA ne concerne pas seulement la libéralisation commerciale et l’ouverture des marchés. Egalement se trouve en jeu, selon les formules qui avaient été proposées, le traitement de sujets très complexes et sensibles, d’une grande importance pour le développement du Brésil, tels que les services, les investissements, les marchés publics et la propriété intellectuelle.
Sous l’aspect strictement commercial, il nous a été clairement indiqué que des thèmes ayant un intérêt fondamental pour le Brésil, tels que les subventions agricoles et les règles antidumping ne feront pas l’objet des négociations de la ZLEA. Cela crée d’évidentes limitations. Néanmoins, nous sommes bien disposés à négocier d’une façon constructive et pragmatique, sans pour autant perdre de vue les intérêts essentiels et le devoir irrenonçable de veiller à notre souveraineté.
Nous désirons une plus grande participation dans le commerce international. Naturellement, la possibilité d’un accès préférentiel au marché le plus dynamique du monde, celui des Etats-Unis, nous attire. Tel qu’il est normal dans n’importe quelle négociation, nous devons être prêts à faire des concessions réciproques, orientées vers la logique des bénéfices mutuels. Mais la lucidité politique nous oblige à ne pas nous laisser impressionner seulement par le détail, en préjudice d’une vision d’ensemble. Il ne serait pas sage non plus de nous concentrer sur le profit immédiat et perdre de vue le moyen et le long termes.
Ayant la plus grande économie de l’Amérique du Sud, le Brésil a non seulement le droit, mais l’obligation de contribuer à la définition d’un projet de ZLEA favorable à tous les pays, surtout les plus pauvres. C’est ce que nous avons fait avec nos partenaires du MERCOSUL.
Je viens de rentrer de l’Argentine, où le Président Kirchner et moi nous sommes mis pleinement d’accord quant à la nécessité que la proposition du MERCOSUL soit une référence de base pour les négociations.
Je tiens à ce qu’il soit clair pour tous et une fois pour toutes que, pour le Brésil et pour le MERCOSUL, le noyau de la discussion, ce n’est pas de dire “oui” ou “non” à la ZLEA, mais de définir la ZLEA qui nous intérêt. (Applaudissements)
Ce qui ne fait pas de sens, c’est de concéder l’accès préférenciel à notre marché sans une contrepartie en des domaines où nous sommes plus compétitifs, comme l’agriculture, dans lesquels, au-delà de la concurrence déloyale des subventions, nous nous heurtons à des barrières tarifaires et non tarifaires qui empêchent l’accès de nos produits. Les offres présentées jusque là indiquent que les possibilités de gain dans ce secteur sont très limitées. D’un autre côté, tant que l’on considère le résultat possible des négociations, nous ne pouvons pas oublier que nous sommes en face d’un ensemble de pays extrêmement hétérogène en ce qui concerne le territoire, la population, le niveau de développement économique et social.
Dans un mot: ce que nous voulons, c’est une ZLEA équilibrée, qui nous garantisse un accès réel aux marchés de l’Hémisphère et, en même temps, nous laisse l’espace pour une politique de développement.
Pour toutes ces raisons-là, la proposition du MERCOSUL se caractérise par la flexibilité, c’est-à-dire, les pays qui veuillent s’engager par des obligations plus profondes dans n’importe quel domaine pourront le faire bilatéralement ou plurilatéralement, sans que ces obligations soient nécessairement étendues à tous les autres pays.
Tel que nos collègues uruguayens l’ont dit, nous voulons une ZLEA qui n’empêche et qui n’impose. Il n’est pas raisonnable de vouloir des règles et des obligations identiques pour 34 pays aux caractéristiques et situations tellement différentes.
Notre stratégie est établie à partir d’amples consultations avec les divers secteurs de la société brésilienne, en des réunions entre tous les Ministres concernés, auxquelles je participe moi-même.
Il s’agit ainsi de la stratégie du Gouvernement, sous la coordination du Ministère des Relations Extérieures, qui a la responsabilité de conduire la routine des négociations, avec la participation des Ministres de l’Agriculture e du Développement.
En ce qui concerne la participation de la société dans le processus de négociation, il faut évidemment souligner le rôle du Congrès National. Je considère extrêmement positif l’intérêt que les deux Chambres ont manifesté pour les négociations de la ZLEA.
Ce séminaire n’est pas la première initiative importante à ce propos et certainement ne sera pas la dernière non plus. Je suis au courant de la manière intense dont les Sénateurs et les Députés suivent le processus de négociation. Je suis au courant de leur participation dans les réunions du Comité de Négociations Commerciales, aussi bien que dans les réunions ministérielles de la ZLEA. Je suis au courant des débats hebdomadaires dans les Commissions de Relations Extérieures de la Chambre des Députés et du Sénat Fédéral, auxquelles nos négociateurs comparaissent régulièrement. Je suis au courant de l’intérêt personnel que le Président José Sarney et le Président João Paulo Cunha ont sur le sujet.
Cependant, le rôle principal qui appartient au Parlement dans ce processus est encore à jouer. Comme nous le savons tous, la Constitution détermine avec grande sagesse une répartition des tâches en ce qui concerne les traités internationaux, soit la ZLEA, soit n’importe quel autre genre d’accord. Par détermination constitutionnelle, l’Exécutif négocie e firme l’accord, appartenant au Législatif de le ratifier. Sans la ratification, l’accord n’est pas valable.
Je suis sûr qu’un parlement qui s’informe, participe et suit les négociations avec l’intérêt que le Congrès brésilien démontre aura les meilleures conditions de considérer ce que le Gouvernement viendra à lui présenter, dans le cas où – comme je l’espère – les négociations soient comblées de succès.
Sans préjudice de cette faculté souveraine du Congrès, je peux vous assurer, Messieurs les Députés et Messieurs les Sénateurs, que l’accord que vous allez recevoir contemplera les souhaits et les soucis de la société brésilienne.
Je dis ça parce que je sais que la participation du Brésil dans les négociations est conduite sans servilité ni confrontation, comme l’a dit le Ministre Celso Amorim. Elle est conduite de manière professionnelle, transparente et souveraine, en cherchant de préserver et promouvoir l’intérêt national.
Mon cher Président du Sénat Fédéral, Sénateur José Sarney, mon cher Président de la Chambre des Députés, Député João Paulo Cunha, Députés brésiliens et étrangers, le débat sur la ZLEA nous permet de définir le type de nation qu’on veut être, quel type d’agriculture on veut avoir, quel type d’industrie on veut développer.
De temps en temps, je lis dans la presse quelqu’un qui dit que le Brésil peut rester isolé. Je rappelle aux Députés et Sénateurs que ce qui s’est passé à Cancún, avec la création du Groupe G-22, a été une nouveauté politique extraordinaire, non à cause de la conquête qu’on y a obtenu, mais à cause du fait que, pour la première fois, un groupe de pays, avec une grande identité entre leurs peuples, leurs économies et leurs problèmes sociaux, ont découvert qu’il était nécessaire de s’unir pour essayer d’amener les économies riches à ouvrir un peu de place pour qu’on continue à rêver de ne plus être un pays en voie de développement pour se transformer en un pays vraiment développé. (Applaudissements.)
Nous reconnaissons l’importance des économies américaine et européenne pour le Brésil et ce que d’autres économies représentent pour nous, mais ce qui doit être très clair c’est que nous ne voulons pas une politique de la confrontation pour la confrontation, tout seulement pour satisfaire n’importe quel discours idéologique. Nous voulons plus que ça. Nous ne voulons pas rester au niveau du discours ; nous voulons une position pragmatique de pays souverain pour faire valoir les intérêts éminemment nationaux, puisqu’un accord de libre-échange doit tenir en compte la différence entre les économies des pays qui sont à la table de négociation.
Dans l’Union Européenne, les pays riches ont eu la sensibilité de créer des fonds pour aider les économies en développement, comme dans le cas de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce. Cependant, en Amérique du Sud, il y a des pays beaucoup plus pauvres que l’Espagne, la Grèce et le Portugal. Dans toute la proposition, il n’y a une seule politique qui dit qu’on va impulser l’économie de ces pays pour qu’ils puissent compéter dans des conditions minimales d’égalité.
Nous, brésiliens, avons une leçon à apprendre avec les Etats Unis de l’Amérique du Nord : ne pas avoir honte d’être brésiliens comme ils ne l’ont pas d’être américains. (Applaudissements.) Nous ne devons pas avoir honte de défendre notre agriculture comme l’Union Européenne défend la sienne. Nous devons profiter de cette négociation non pour faire valoir notre volonté, puisque nous n’avons pas non plus la force pour l’imposer, mais pour que, entre la volonté des plus riches et celle des plus pauvres, la voie moyenne reste le chemin par lequel personne n’obtient tout, mais par lequel tous rentre chez soi avec un peu de ce qui a été conquis.
C’est comme ça que nous allons négocier la ZLEA et c’est comme ça que j’espère que le Congrès National pourra aider le Brésil à faire la plus avantageuse négociation jamais faite dans le cas d’un accord de l’importance de celui que nous sommes en train de négocier. Nous n’allons pas échapper de la table de négociation.
Nous allons négocier la tête haute, en discutant sur un plan d’égalité chacun des points qui intéressent à notre pays. Nous ne demandons de faveurs à personne. Nous ne faisons que revendiquer un droit qui est le nôtre, l’opportunité pour notre économie de faire un saut en qualité, sans les contraintes que le monde développé essaye de nous imposer.
Por cette fin-là nous cherchons des partenaires. Nous allons conduire plusieurs réunions avec d’autres pays qui pensent comme nous. En fait, nous sommes conscients que tout ce qui ne soit pas résolu dans la ZLEA pourra l’être dans l’Organisation Mondiale du Commerce, où nous pouvons entamer un débat plus efficace, démocratique et mettant en jeu beaucoup plus d’intérêts.
Les Députés et les Sénateurs peuvent rester assurés que le Brésil, comme toujours, a le cœur ouvert pour faire le meilleur accord du monde et, en même temps, sera très attentif pour ne pas accepter l’imposition de manœuvres qui essayent de le faire négocier en des conditions défavorables. Ce pays a grandi et gagné en maturité. C’est le moment de dire clairement ce que nous sommes, qui nous sommes, et qu’est-ce que nous voulons pour notre peuple.
Monsieur le Président de la Chambre des Députés, Député João Paulo Cunha, Monsieur le Président du Sénat Fédéral, Sénateur Sarney, je vous félicite pour l’initiative de promouvoir ce séminaire. Je n’ai pas de doute que cet événement va montrer à la société brésilienne que l’accord à faire ne réfléchira pas l’intérêt du Président de la République, des Ministres de l’Industrie et du Commerce, de l’Agriculture et des Relations Extérieures, ne sera pas l’oeuvre d’une seule personne, mais, si Dieu le veut, sera le fruit d’un débat profond que le Congrès National initie et que la société brésilienne suivra.
Bonne chance à tous les participants à ce séminaire. (Applaudissements.)

20/10/2003



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