Artigo do Ministro de Estado, Embaixador Celso Amroim, no jornal le Temps- “Un brésilien au service de la paix” – 28/08/2003

Sérgio Vieira de Mello a consacré sa vie à l´Organisation des Nations Unies et à la construction de la paix. Rare combinaison d´intellectuel et d´homme d´action, Sérgio est entré dans le Haut Commissariat pour les Réfugiés de l´ONU à l´âge de 21 ans, avec un idéalisme qu´il n´andonnerait jamais. Un peu plus tard, il finirait son doctorat en philosophie à la Sorbonne. Il a su faire face à maintes épineuses missions dans les contextes les plus turbulents avec la même nonchallance «carioca» qui restera dans la mémoire de tous ceux qui ont eu la chance de le connaître.

Maîtrisant plusieurs langues, il gardait le même naturel spontané aussi bien dans ses contacts avec des chefs d´État et en soignant les victimes des conflits armés, auxquelles il portait des secours et de l´espoir. Avant d´être nommé par Kofi Annan au poste de Sous-secrétaire général de l´ONU pour les Affaires humanitaires, en 1998, il avait déjà acquis une réputation solide grace à son travail sur le terrain dans des situations de haut risque au Soudan, au Liban, au Cambodge et en Bosnie, entre autres. Son habileté politique lui a procuré le soutien des membres du Conseil de Sécurité lorsque le Secrétaire général a décidé de le nommer son représentant pour le Kosovo, après les bombardements de l´OTAN dans l´ex-Yougoslavie. Des tâches encore plus complexes lui ont été attribuées, lorsque Annan l´a nommé chef de l´Administration intérimaire au Timor-Oriental, dans la période critique qui a précédé son indépendance. Suite aux inestimables services qu´il a rendus à la cause humanitaire et aux Nations Unies, Sérgio Vieira de Mello a été acclamé par l´Assemblée Générale, en 2002, en tant que Haut Commissaire pour les Droits de l´Homme. Dans les mois pendant lesquels il exerça ces fonctions, il a consacré une attention spéciale à la consolidation de l´État de droit dans les pays émergeant des conflits armés. En mai dernier, lorsque le Conseil de Sécurité cherchait à cicatriser les blessures liées à son immobilisme pendant la crise irakienne, son nom a surgi comme le candidat naturel pour assumer ce qui serait sa dernière – et probablement sa plus difficile – mission – en tant que représentant du Secrétaire général à Baghdad. Sa mort représente un sérieux revers pour le processus de reconstruction institutionelle en Iraq. Dans ses déclarations les plus récentes, il a insisté sur l´importance de rendre rapidement le pouvoir politique aux irakiens, dans le cadre du rétablissement de la pleine souveraineté du pays. L´acte terroriste monstrueux perpétré le 19 août contre l´office des Nations Unies à Baghdad constitue un coup brutal contre ceux les mieux placés pour oeuvrer en faveur de la paix dans la région, tout en interrompant un effort de réconciliation nationale dont les premiers résultats pouvait être considérés comme encourageants.

J´ai eu l´honneur de travailler avec Sérgio Vieira de Mello quand j’étais Représentant Permanent du Brésil auprès des Nations Unies à New York. Ironiquement , le sujet qui nous a rapprochés à cette époque-là a été précisement la question irakienne. En janvier 1999, quand j´ai assumé la Présidence du Conseil de Sécurité, nous venions de vivre l´interruption des activités des inspecteurs de l´ONU en Iraq et la tâche principale qui s´imposait à cet organe était celle de rétablir un consensus minimum parmi ses membres, afin d´assurer que Baghad s´acquitte de ses obligations dans le domaine du désarmement. Trois commissions ont été établies sous ma coordination, ayant pour mandat d´élaborer non seulement des recommandations en ce qui concerne la capacité irakienne de destruction massive, mais aussi des directives pour réduire la souffrance de la population civile et rendre compte du destin des prisonniers de guerre. Sérgio a joué un rôle central dans l´élaboration du rapport concernant la situation humanitaire, faisant preuve à la fois de sensibilité vis à vis les privations de la citoyenneté et de talent politique dans l’identification des solutions possibles. Ce sont des traits qui ont marqués toute sa brillante carrière comme fonctionnaire des Nations Unies et comme infatigable défenseur du multilatéralisme.

Les innombrables manifestations de consternation et douleur lors de la disparition précoce de Sérgio Vieira de Mello, provenant de touts les coins du monde, rendent hommage à un artisan de la paix qui, dans ses multiples missions à travers le monde, a été capable de correspondre à la confiance que lui faisait la communauté internationale. Je suis sûr que son exemple inspirera plusieurs générations de jeunes, dans tous les Continents, qui souhaitent contribuer au perfectionnement des rapports parmi les peuples et les nations. En déclarant trois jours de deuil officiel et en lui conférant l´Ordre National du Mérite, le Président de la République inscrit le nom de Sérgio Vieira de Mello dans le panthéon des héros qui ont su honorer le nom du Brésil.

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